Petite histoire de l’Acadie

Le peuple acadien a été dispersé lors de la grande déportation en 1755, un déracinement qui marquera à jamais cette population. « Les historiens ont choisi de retenir 1755 comme étant l’année fatidique de l’histoire des Acadiens. Depuis, le paysage démographique des Acadiens a été marqué à jamais. Les Acadiens sont dépossédés et chassés des terres fertiles qu’ils ont cultivées et apprivoisées.[1] » Un déracinement qui a forgé un fort esprit de ralliement et d’unité pour les Acadiens.

La société acadienne, « riche de ses expériences accumulées depuis 150 ans (de 1604 à 1755), ne sera pas détruite pour autant : ses membres entreprendront un processus migratoire qui s’échelonnera sur plusieurs décennies et dont le but ultime sera d’assurer leur survivance.[2] » Une survivance qui est toujours d’actualité. Près de 250 années d’histoire sont passées, et actuellement, les Acadiens ont toujours cette volonté de se réunir.

La grande déportation de 1755 a bouleversé le peuple acadien, mais ces derniers sont parvenus à rester en contact les uns avec les autres. Les Acadiens sont en route pour leur destinée malgré les réalités inhérentes de l’époque.

Brève histoire des moyens de communication :

Les moyens de transport à l’époque étaient très difficiles, ce qui rendait la communication entre Acadiens très ardue :

Les systèmes de transport et de communication peu développés rendent aussi les relations avec l’extérieur très difficiles… Avant l’arrivée du train dans la seconde moitié des années 1800, le voyage est aussi une activité qui se pratique généralement par les voies maritimes. En effet, les routes sont rares et en très mauvais état. En fait, elles ressemblent davantage à de simples sentiers étroits et sont bien souvent marécageuses, cahoteuses et dévastatrices pour les roues de charrettes. Bien des gens préfèrent même se résoudre à marcher. [3]

Malgré tout, les Acadiens ont toujours gardé, au fil du temps, un moyen de communiquer. Grâce aux « réunions de famille et à l’église» au dire d’Antonine Maillet. Elle ajoute que « la religion a joué un grand rôle dans la transmission de l’information pour les Acadiens, notamment grâce aux missionnaires.[4] » « Les missionnaires allaient de village en village pour rapporter la bonne nouvelle »[5] relate l’historien du village acadien monsieur Basque.

Essentiellement tournés vers un rôle de subsidence, les Acadiens parviennent à se reconstruire et « l’Église missionnaire catholique est alors la seule réelle institution francophone à laquelle peuvent s’identifier les Acadiens.[6] » Au début du 19e siècle, il n’y a pas encore de journal acadien, mais la communication se fait avec les moyens existants. « Les limites du village ou de la paroisse religieuse marquent donc, pour ainsi dire, les limites du connu pour la plupart des gens. Ce sont d’abord les nouvelles de la famille et des voisins qui préoccupent et celles de l’extérieur sont très rares.[7] »

Au milieu du 19e siècle, un processus de reconstruction, notamment avec le prêtre François-Xavier Lafrance, permet un important changement pour les Acadiens. Les premiers leaders acadiens avancent des moyens de prendre en charge de la destinée acadienne. « La création d’instruments culturels a joué un rôle crucial dans cette prise en charge, permettant à l’élite d’exprimer la conscience collective acadienne. [8] »

Afin d’affirmer leur volonté de subsister, différents moyens de communication sont alors utilisés par les Acadiens. Notamment avec l’apparition des premiers journaux acadiens tels que le journal L’Évangéline ou Le Moniteur acadien, « C’est l’époque de la Renaissance acadienne.[9] »

Cependant, les journaux acadiens n’ont jamais réussi à rejoindre la masse de la population acadienne, « … il s’agissait d’un empêchement lié au niveau peu élevé de la scolarisation… … dans les dernières décennies, il y a sans doute d’autres raisons, dont la forte concurrence des autres médias.[10] »

Alors, de nombreux Acadiens se sont tournés vers d’autres sources pour s’informer en français :

Dès 1933, les Acadiens ont accès à une radio de langue française grâce à la station CHNC, qui diffuse à partir de New Carlisle, en Gaspésie. Les émissions de cette station sont captées dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, une partie de l’Île-du-Prince-Édouard et du Cap-Breton, et même jusqu’à Terre-Neuve. Pour leur part, les francophones du nord-ouest du Nouveau-Brunswick voient CJEM s’installer à Edmundston en 1944. Dix ans plus tard, la station de radio CBAF de Radio-Canada entre en ondes à Moncton puis, en 1959, c’est au tour de la station de télévision CBAFT.[11]

Ceci est repris dans une étude réalisée sur les communications en Acadie, par l’entremise de la Société acadienne du Nouveau-Brunswick. L’auteure de l’étude, Francine Lalonde, conclut comme suit, « la communauté acadienne en tant qu’entité distincte mais minoritaire, n’a pas, actuellement, en mains les outils nécessaires lui permettant de mieux se connaître et de s’épanouir. L’image et la sonorité projetées par les médias appartiennent à d’autres cultures : québécoise, anglaise et américaine.[12] » Un effort est alors entrepris pour mettre sur pieds des médiums de communications. Outre la création d’autres radios privées, des communautés des quatre provinces de l’Atlantique mettent sur pied des radios communautaires dans les années 80 et 90.[13]

La station de radio communautaire CKRO, située au nord-est du Nouveau-Brunswick, dans la Péninsule acadienne, donne en 1988 l’exemple aux communautés francophones du Canada (à l’extérieur du Québec). :

CKRO-MF est la pionnière d’un mouvement canadien : elle est la première radio communautaire francophone à entrer en ondes à l’extérieur du Québec. CKRO-MF est née de la volonté de la population acadienne de se doter d’un outil de communication à son image. La radio communautaire appartient à sa collectivité et parle d’elle, avec elle.[14]

Pour ce qui est de la télévision, actuellement, il existe de nombreux programmes en français, « grâce aux réseaux de câblodistribution, la plupart des régions acadiennes reçoivent maintenant un nombre acceptable de postes et de canaux en français.[15] » La Société Radio-Canada a joué un grand rôle pour la communauté acadienne dans les Maritimes. « La télévision de Radio-Canada en Acadie a fait ses débuts il y a 50 ans. L’antenne de CBAFT a été inaugurée le 21 décembre 1959.  [16] » Nommée Radio-Canada Atlantique, elle est renommée en 2008, Radio-Canada Acadie et son Téléjournal deviennent le Téléjournal-Acadie.

Les technologies de l’information et des communications vont permettre aux Acadiens de se rejoindre plus facilement, Internet étant un outil de rassemblement largement utilisé par les Acadiens. Les différentes communautés acadiennes utilisent ce portail web pour présenter, promouvoir ou médiatiser l’information. À titre d’exemple, les Acadiens du Québec ont organisé un événement, le Ralliement acadien du Québec, pour « permettre aux Acadiens du Québec de se rassembler dans une atmosphère festive, culturelle et éducative dans le but de partager leurs vécus respectifs, de tisser des liens et d’augmenter la cohésion et la visibilité des communautés acadiennes du Québec.[17] »

Comme le souligne Gérard Beaulieu, dans une étude sur les médias en Acadie, « Il est vrai que la situation minoritaire peut avoir des effets stimulants sur la création de médias pour des impératifs de survie d’un groupe.[18] »

Actuellement, les Acadiens diffusent largement leur culture à travers un médium accessible par et pour tous, la radio. À un tel point, que la radio est un ancrage important pour les Acadiens. D’après l’Association des radios communautaires acadiennes du Nouveau-Brunswick ARCANB[19], les cotes d’écoute journalière des radios communautaires acadiennes sont de 70 pour cent. Quant aux radios privées, elles sont de 15 pour cent et la radio d’état (Radio-Canada) s’en tire avec un maigre 4 pour cent. Actuellement, les radios communautaires acadiennes mènent le bal en ce qui concerne la diffusion radio (publique et privée).

 

 

 

 


[1] Site web : www.cyberacadie.com/index.php?/histoire/Le-deracinement-1755-a-1763 — consulté le 5 avril 2012

[2] L’Acadie des maritimes — chaire d’études acadiennes 1993 — Université de Moncton — Jean Daigle, L’Acadie de 1604 à 1763 – page 2

[4] Antonine Maillet, entrevue réalisée en juillet 2013 Acadieenondes.com

[5] Entrevue réalisée en juillet 2013 – www.acadieenondes.com

[6] L’Acadie des maritimes — chaire d’études acadiennes 1993 — Université de Moncton — Jean Daigle, L’Acadie de 1604 à 1763 – page 2

[7] Site web :  http://www.virtualmuseum.ca/Exhibitions/Acadie/exposition_f.html — consulté le 12 octobre 2013

[9] En 1867, Israël D. Landry fonde à Shédiac (N.-B.) le premier journal de langue française au Canada atlantique, Le Moniteur acadien. Pour sa part, le journal L’Évangéline, fondé par Valentin Landry, publie son premier numéro en 1887, à Digby (N.-É.). En 1905, le journal déménage pour s’installer à Moncton (N.-B.), ville considérée comme le centre géographique de l’Acadie. L’Évangéline devient un quotidien en 1949, mais devra fermer ses portes en 1982. Site web : http://www.snacadie.org – consulté le 4 avril 2012

[10] L’Acadie des maritimes – chaire d’études acadiennes 1993 – université de Moncton – Gérard Beaulieu, L’Acadie de 1604 à 1763 – page 539

[12] Francine Lalonde, L’Acadie sur la même longueur d’onde : pour un plan de développement des médias électroniques au Nouveau-Brunswick, rapport présenté à la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick, juin 1980, p.5

[13] Site web : http://www.snacadie.org – consulté le 4 avril 2012

[14] Site web : http://ckro.ca/historique – consulté le 4 avril 2012

[15] L’Acadie des maritimes — chaire d’études acadiennes 1993 — Université de Moncton — Jean Daigle, L’Acadie de 1604 à 1763

[16] Source – www.radio-canada.ca/regions/acadie — site web consulté 21 novembre 2013

[17] Source – site web http://www.acadiensduquebec.org/ralliement2012.htm- consulté le 20 novembre 2013

[18] L’Acadie des maritimes — chaire d’études acadiennes 1993 — université de Moncton — Gérard Beaulieu – page 505

[19] Site web : http://www.arcanb.ca – consulté le 4 avril 2012